Sunday, August 3, 2008

Aimants


"Quand je suis à la fenêtre, je vois toujours la même chose au même moment, c’est à dire les mêmes personnes qui vont chercher du pain à la même heure, la même vieille qui donne à manger aux mêmes chats et les mêmes jeunes qui tiennent les murs des bâtiments. C'est une chose très prenante de tenir les murs du bâtiment, il faut de la concentration et du savoir-faire, ça demande des années de pratique car ce n'est pas tout le monde qui peut faire ça ! Je trouve que les jeunes d'aujourd'hui sont trop bêtes : la dernière fois, une bande de gogols a brûlé une voiture devant chez moi sans aucune raison apparente.
Et après il se prennent pour des chauds, pour des bonhommes. Quelle génération !"
Une fois n'est pas coutume et j'espère que ce ne sera pas la dernière fois, je commence mon billet par une citation que j'emprunte.
Ce passage a le mérite de mettre en lumière les contradictions de nombre de mes contemporains. Des filles et des garçons avec qui j'ai grandi, mais qui pour des raisons qui me sont encore inconnues ont choisi l'immobilisme.
Je me rappelle de ces longues discussions que nous pouvions avoir à propos de ce que le monde avait à nous offrir, à propos de notre place dans ce même monde, du pouvoir que notre jeunesse nous donnait, de ce que nous allions apporter en terme de changement et innovation...
Près de dix ans après mon départ de Belgique, je me rends compte que la plupart des miens sont encore au point mort. Enfin ce que j'appelle moi le point mort.
Je ne les ai pas interrogé pour savoir si leur vie répondait aux aspirations citées plus haut, mais je dois dire que je suis déçu. Pour eux. Pour moi aussi.
J'avais cet ego surdimensionné qui vous fait bouger des montagnes et vous impose la rigueur comme seule étalon, la réussite comme seule finalité.
Je me retrouve dix ans plus tard sur un champ de ruine. Les miens sont pères tentant de se marier pour mieux divorcer, les miennes sont mères célibataires à la recherche de ce père idéal qu'elles n'ont jamais trouvé mais finalement ont fini par faire un enfant pour garder un souvenir de l'amour de leur vie.
Et moi dans tout ça ?
Je suis fort aise de m’être sorti les doigts du cul et d'avoir renoncé à ce confort tout relatif de mes amis, mes habitudes, mon chez moi.
Heureux alors ?
Indubitablement.
Un bonheur n'est jamais complet lorsqu'à la fin de la bataille on se retourne sur un champ de bataille encore fumant et que le constat est désolant. La plupart sont tombés, certains ont renoncé.
Plus jeune j'ai grandi avec cette antienne de Cambronne :
« La Garde meurt, mais ne se rend pas »
Comment ne pas penser alors à nos éructation, légitimes ou non, contre nos parents qui eux s’étaient ramollis, comment ne pas ironiser sur notre prétendu intangible sens de la morale ?
Nous nous sommes fourvoyés. Tous.
Que reste-t-il de nos incantations contre nos parents et la société : des jeunes gens réalistes qui doivent subvenir aux besoins de leur famille.
On rêve de banquet populaire pour célébrer une victoire et on se retrouve seul à la table d'un fast food mangeant des frites tièdes : la réussite est parfois un concept difficile à apprécier.

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