Wednesday, December 31, 2008

Bonne Année

Y a pas de couleur pour être stupide, ignorant, raciste et borné,
Pas une couleur attitrée à l'absurdité,
Pas une couleur qui prouve ton intelligence,
Pas une couleur qui témoigne de ta tolérance,
Pas une couleur qui t'empêche de te sentir seul,
Foudroyé, rescapé d'un amour manqué,
Pas une couleur qui t'abrite de la pauvreté,
Pas une couleur qui garantisse ton honnêteté,
Pas une couleur qui te protège de l'erreur, frère,
Pas une couleur qui te protège de la peur, sœur,
Pas une couleur qui t'innocente de toute injustice,
Aucune couleur ne garantit ta réussite,
J'connais les méfaits du racisme et ce qu'ils provoquent,
Quand l'exclusion devient rage, arrive le choc,
Même en temps de guerre alors que la paix agonise,
Je réanime l'amour dont l'absence m'épuise,

Kery James

Ces quelques mots d’introduction nous rappellent l’iniquité des derniers propos du chansonnier Dieudonné ; l’amour d’un bon mot ne peut justifier telle turpitude.
Que notre ami ménestrel se trouve des accointances avec le leader historique du Front National et que ces deux apôtres de Poujade vitupèrent leur haine à l’ endroit des juifs et ce dans le strict confinement d’un meeting politique et/ou une salle de spectacle, ma foi grand bien leur fasse.

La question de savoir si le propos est fondé ou pas, ne se discute pas ici, l’objet du présent billet est de juste nous rappeler que la limite du droit d’expression n’est pas inscrite dans une loi ni même dans Le savoir-vivre du XXIème siècle, chère à Nadine de Rothschild.
La limite du droit d’expression c’est juste la connerie.

Malheureusement, on ne pourra jamais rien faire contre ce fléau.

Un pogrom de cons bornés n’est pas à l’ordre du jour.
Tout au plus on pourrait organiser une ou deux chasses à l'homme, le nombre de cons n'en souffrrira que très peu...

Bonne année a tous.

Wednesday, December 24, 2008

Gardons espoir - Joyeux Noel

Noël : Nom donné par les chrétiens à l'ensemble des festivités commémoratives de l'anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, célèbre illusionniste palestinien de la première année du premier siècle pendant lui-même.
Ces festivités sont :

Le dîner : généralement frugal ; rillettes, pâté, coup de rouge, poulet froid, coup de rouge, coup de rouge.
La messe de minuit : c'est une messe comme les autres, sauf qu'elle a lieu à vingt-deux heures, et que la nature exceptionnellement joviale de l'événement fêté apporte à la liturgie traditionnelle un je-ne-sais-quoi de guilleret qu'on ne retrouve pas dans la messe des morts.
Le réveillon : d'après les chiffres de l'UNICEF, l'équivalent en riz complet de l'ensemble foie gras - pâté en croûte - bûche au beurre englouti par chaque chrétien au cours du réveillon permettrait de sauver de la faim pendant un an un enfant du Tiers Monde sur le point de crever et le regard innommable de ses yeux brûlants levé vers rien sans que Dieu s'en émeuve, occupé qu'Il est à compter les siens éructant dans la graisse de Noël.
La remise des cadeaux
Le déjeuner de réveillon : Ô bûches de Noël, indécents mandrins innervés de pistache infamante et cloqués de multicolores gluances hyperglycémiques, plus douillettement couchées dans la crème que Jésus sur la paille, vous êtes le vrai symbole de Noël.
La bise à la tante qui pique : Après avoir vomi son déjeuner, le chrétien reçoit la tante qui pique et la donne à sucer à ses enfants.
Pierre Desproges - Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis, 1985

Monday, December 22, 2008

Tendance 2008: variation autour du brun!


En cette fin d’année j’ai envie de faire comme Jésus devant le lac de Jéricho (ou ailleurs je ne m’en souviens plus vraiment): organiser une grande distribution de pains.

Dans la tronche les pains, et bien rassis pour que ce soit meilleur encore pour les dents.
Que les attaques antisémites et les profanations de tombent soient scandaleuses, cela va de soit. Que le pouvoir politique et les du verses associations les condamnent prestement et sans aucune ambiguïté relève du bon sens. Que l’on dote l’état d’un appareil coercitif pour dissuader le contrevenant n’est en fait que justice.
Les attaques islamophobes et les profanations sont tout aussi scandaleuses. Le silence ou à tout le moins la discrète condamnation du pouvoir politique est tout autant scandaleuse. Que l’on légifère pour doter l’état du même pouvoir coercitif pour que cesse de nuire la mouvance brune ce serait nécessaire mais pas si vite…
Le pouvoir politique a réussit un tour de passe-passe digne des plus grands prestidigitateurs : par une sémantique bien choisie, ils ont crée des catégories dans la xénophobie.
Là où le grec ne distinguait qu’une peur de l’étranger, nos sociétés distinguent des peurs différentes pour différent étrangers : une kippa n’est pas une djellaba, et un boubou ne ressemble en rien à une soutane.
La sémantique au service de la protection du discriminé donne des aberrations : on parle d’antisémitisme mais pas de racisme pour toute atteinte à la chose juive. On dit homophobe les allergiques au quartier du marais et supporter de foot pour l’idiot qui imite le singe lorsqu’un joueur de foot se trouve être noir.
Machiavel ne pensait pas si bien dire avec son diviser pour mieux régner : les dégâts de cette politique ségrégationniste se ressentent plus que jamais lorsque un groupe de malfaisants s’en prend a une communauté.
Les arabes ne se sentent jamais concernés lorsqu’un jeune juif est pris à parti, tout comme les juifs ne s’émeuvent que rarement pour Mohamed passés à tabac par des jeunes sympathisants au retour du troisième Reich. Lorsque dans l’incendie d’un taudis de paris 36 gosses meurent brûles vifs, pas un arabe, pas un juif, pas un catholique pour exprimer un ressentiment à l’ endroit des offices HLM. Qu’un homosexuel se trouve pris en embuscade par des casseurs de pédé, et on a droit au silence assourdissant des religieux de tous bords.
Je ne sais pas quel est l’idiot – je crois que c’est Chirac, faut que je vérifie- qui a eu cette belle idée de stratifier les peines selon les appartenances. Pour l’amateur de mythologue grecque que je suis, ça me rappelle ce que le monde a connu lorsque Pandore profita de l’absence d’Épiméthée pour ouvrir la jarre contenant les calamités. C’est à ce moment que les hommes ont cessé d’être une communauté unique est indivisible dans les joies comme le malheur.
Et c’est dans ce contexte que nos amis musulmans réclament la reconnaissance de l’islamophobie au même titre que l’antisémitisme et les autres maladies en « isme ».
Non, non et trois fois non. Il n’est pas question d’ériger la souffrance de l’un contre la souffrance des autres. Je m’insurge –si, si je m’insurge depuis mon fauteuil- contre cette privatisation de la douleur. Que Chirac ou un autre ai commis une erreur avec cette reconnaissance de l’antisémitisme, soit nul n’est parfait –Errare humanum est, persévération diabolicum- arrêtons le mouvement ici.
Le péril brun est un et indivisible et les réponses doivent être globales plutôt que clientéliste. La gestion partisane crée des tensions là où il n’y en a pas du tout besoin. C’est déjà suffisamment honteux de voir des mosquées brûlées –enfin des salles de prières-, et des synagogues sous surveillance policière. Le spectacle est particulièrement inconfortable lorsqu'après un nouveau fait de vandalisme, une communauté cherche le soutien des autres et que ce soutien ne vient pas.
Une poursuite systématique, avec condamnation pour chaque acte délictueux portant atteinte a la liberté individuelle de culte serait un excellent moyen de faire reculer les jeunesses hitlérienne et les écorchés vifs de la svastika.
Le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde…oui ben maintenant en plus il pointe le museau et nous nargue devant nos portes.
Une chasse à court s’impose et cette fois il est impératif qu’elle n’en réchappe pas.
«Les hommes ont mis des millénaires pour se tenir debout. Que vaudrait la vie si elle se faisait à ras de terre ?»

Liliane de Bettencourt

Tuesday, December 16, 2008

Le terrorisme pour les nuls.

En cette fin d’année brumeuse, notre première flique de France manie avec une virtuosité jubilatoire l’art du canular. 


Sentant que le peuple s’ennuie, nos braves chaussettes à clous ont institué le gag mensuel : plus c’est énorme, plus c’est drôle.


Ainsi, le mois dernier, une escouade de héros carapaçonnés partait à l’assaut d’une épicerie de village, et notre frigo-rigide cheffe de la maréchaussée loupait la messe dominicale pour annoncer urbi et orbi que l’"ultra-gauche anarcho-autonome terroriste", ce divin enfant, était né.


Amen.


"Plus outre !" : fidèle à la devise de Charles Quint, ces farceurs de pandores ont cette fois planqué quelques pétards dans les chiottes d’un supermarché à paillettes pour gogos argentés. 


Et, ô surprise, ils ont réussi à se souvenir de l’étage et les ont retrouvé quelques heures plus tard ! 


Clou du spectacle, deus ex machina, un "Front révolutionnaire afghan" tombe du ciel et proclame, tel De Gaulle à Montréal, "Vive l’Afghanistan libre !".


Un conseil, chers barbouzes : ajoutez un peu d’Allah et un zeste d’Islam, ça aura plus de gueule ! Et pourquoi pas un jonction islamo-autonome ?


Sunday, December 14, 2008

Une journée sans...oui mais!

Après une lecture de ma dernière missive, j'ai décidé, en accord avec moi-même de la supprimer. 

Le texte se voulait drôle mais à la lumière de la deuxième lecture il m'apparaissait que les saillies n'étaient pas que drolatiques. 

La journée de grève des homosexuels se voulait une tentative pour alerter l'opinion des pressions et brimades dont ils sont les victimes. 

En voulant stigmatiser l'inanité de leur démarche, je n'ai fait que la légitimer par amour d'un bon mot ou deux. 

Il n'est pas nécessaire de s'excuser mais juste reconnaître que ce n'était pas drôle. 


“Quand il nous faut changer d’opinion au sujet de quelqu’un, nous lui comptons cher l’embarras qu’il nous cause.”

Friedrich Nietzsche

Thursday, December 11, 2008

Dans la série comment nous sortir de la crise....

Bon oui, désormais c'est fait, nous sommes en pleine récession.

La crise ma bonne dame...tel les Arabes à Poitiers dans un autre temps, frappe à notre porte. 

Violemment en plus.

Pensez vous que la crise aurait attendu que nous célébrions avec pompe les 60 ans de la Déclaration des Droits de l'Homme, que nenni...

C'est dans ce contexte un peu morose que je me propose de restaurer l’aura d’un métier qui a disparu de nos campagnes et même des villes d'ailleurs: trouffion. Enfin je voulais dire soldat, appelé, défenseur de la mère Patrie...c'est ici que le lecteur est encouragé à verser une larme pour témoigner son attachement aux valeurs de la patrie....

Nos gouvernants - à l'exception de Berlusconi- tentent d'enrayer cette mauvaise pente dans laquelle nous nous trouvons. Et ça balance: plan de relance ici, jets de milliards là bas, baisse des taux plus loin...

Mais hélas ils manquent l'essentiel. La Grande Muette

Réhabilitons le service militaire.

Nos rues regorgent de la chair à canon nécessaire à cette entreprise: expurgeons nos rues de ces fainéants tatoués, piercés, bodybuildés brefs des jeunes chômeurs. C’est à dessein que seuls les jeunes seront appelés: pour les pogroms ainsi que les viols en rase campagne, il faut être vaillant.

Il serait utile à ce moment de régulariser en masse les familles arabes et noires -nombreuses par nature- qui de toute façon finiront par surpeupler les prisons...ou mourir dans l'incendie de leur squat, insalubre et ne répondant pas aux normes les plus élémentaires de sécurité...rire.

Pour une fois l'Afrique et ses nombreuse dictatures ont été visionnaires à ce propos: on n'a jamais entendu aucun dictateur se plaindre du degré d'illettrisme de ces jeunes ni même d'une forte croissance de la courbe du chômage de ces mêmes jeunes. Il est d'ailleurs à déplorer que des esprits chagrins, pudiquement drapés sous l'anonymat des organisations non gouvernementales, renâclent à l'idée de voir des jeunes faire le coup de feu. 


Les avantages sont nombreux et variés.

L'armée fournit un cadre de vie au vert: les jeux de rôles de nuits avec 150 kg sur le dos sous l'oeil d'un monsieur qui vous crie dans les oreilles et fleur bon le cubic de rosé du Leclerc du village d'à côté - c'est le sergent.

L'armée vous apprend un métier: si bien sûr on considère que PMU est un métier, voire dans le cas des plus téméraires, mercenaires ou tueur de l'ESt parisien à la Guy Georges.

L'armée vous apprend à boire: voir exemple plus bas. 

L'armée vous permet d'apprendre à conduire toute sortes d'engins sans à passer un quelconque brevet.

L'armée épanouira -sans nulle doute- votre vie sexuelle: ha les joies des douches communes et des dortoir ou ça sens bon la testostérone.

L'armée va rendre vos parents très fiers: les infirmières de cette maison de retraite pas chère dans laquelle vous les avez placés pour mieux gérer leurs diverses allocations vieillesses, ne lèveront plus la main sur eux de peur de représailles.

L'armée va vous rendre célèbre: alors que vous vous rendrez à la guerre dans l'anonymat le plus total, votre retour sera lui triomphal...parmi les autres cercueils et vos parents en pleur.

L'armée développe votre sens du goût: là où précédemment votre coupe de cheveu était une mauvaise synthèse entre Désireless et Jeanne Mas, désormais à chaque 14 Juillet vous porterez fièrement votre coupe "Départ pour l'Afghanistan" ou plus sobrement une barbe "Retour de Bosnie",...tellement chic.

Mais avant tout, en ces temps de crise n'oublions pas que l'armée ce sont des perspectives d'avenir: si vous ne succombez pas à vos blessures après une embuscade dans le désert Tchétchène, vous embrasserez sans trop d'embûche la carrière de vigile dans le centre commercial le plus proche de votre bar PMU. 

Envoyons nos jeunes jeter leur gourme dans nos campagnes, concertons nos efforts pour les aguérir à la lutte gréco-romaine ou le maniement de la kalachnikov. 

Faute de réussite il restera toujours les restau du Coeur...



Sunday, December 7, 2008

La peur

Par Fantômette

La peur, vous vous y attendez toujours. Elle arrive rarement par surprise. Elle prévient avant de frapper. Mais les coups n’en sont pas moins brutaux, et la douleur qu’ils laissent, lancinante.

Depuis que j’ai prêté serment, je ne crois pas qu’il se soit jamais écoulé une semaine sans que je ne la côtoie, constante et silencieuse, une ombre parmi les ombres. En audience. En détention. En rendez-vous.

Elle s’invite souvent dès le premier rendez-vous, le tout premier contact avec un nouveau client.

Vous l’avez vu arriver, depuis la fenêtre de votre bureau.

Il est peut-être jeune, ou plus âgé. Il a les mains profondément enfoncées dans les poches, un blouson à la mode, un peu crasseux. Ou un costume bon marché, une mallette à la main. Il la posera très soigneusement sur votre bureau après avoir écarté le pot à crayons.

La peur l’a accompagné, mais elle ne se montre pas tout de suite. Elle apparaît pour la première fois, sans bruit mais dans une brève et soudaine lueur, lorsqu’il vous tendent leur convocation. Elle est pliée en seize, déjà grise et froissée par cette main tout à l’heure enfoncée dans la poche. Ou encore dans son enveloppe, sortie de la mallette. Nette et blanche. Implacable.

Vous y jetez un bref coup d’œil, qui vous apprend ce que, souvent, vous savez déjà. Convocation… tribunal de grande instance … chambre correctionnelle. L’audience est dans deux jours, trois semaines, ou deux mois. Les faits poursuivis sont visés, les articles du code pénal qui fondent les poursuites également.

Vous relisez la convocation, laissez passer un ange, et puis deux.

- Peut-être avez-vous eu la curiosité d’aller regarder les articles visés du code pénal ? Sur internet ? Non ?

Le code pénal est sur le côté, l’article souvent déjà repéré. Vous lui tendez le code, ouvert à la bonne page. Deuxième coup de poing, la peur a frappé au ventre cette fois.

Et puis, sur une invitation de votre part, les explications viennent.

C’est un peu confus. Souvent très long.

Silencieux, attentif, les yeux fixés sur votre interlocuteur, vous observez monter, descendre, monter à nouveau, l’angoisse, à la façon d’une respiration.

Ils vous parlent des faits, ceux qui sont visés par l’article qu’ils viennent de lire en silence, et qu’ils redécouvrent sous un autre angle, sous l’angle du droit. Et cet angle là les trouble et les inquiète. Ils viennent vous parler d’une bêtise, et vous leur répondez que l’on ne convoque pas souvent les gens devant un tribunal correctionnel pour "une bêtise". Ils ont lentement acquiescé et la peur les a frappé, une troisième fois.

Cette fois-là, elle ne les quitte pas.

Ils repartent avec, la convocation repliée, remise dans la poche ou dans son enveloppe, toujours aussi blanche. Elle laisse son ombre derrière elle, qui s’attarde à votre bureau, et rôde quelques instants encore.

Vous ne la chassez pas.

On ne sait jamais.

Elle pourra resservir.

Plus tard, vous les retrouvez à l’audience. La salle est vide, il est un peu tôt. Il n’y a personne à l’accueil du tribunal, encore. Les justiciables tournent en rond, ils ont la démarche inquiète. Il s’assoient. Ils attendent. Ils se relèvent. Et ils attendent encore.

Lorsque vous êtes arrivé, celui-là, qui vous attendait, s'est approché rapidement de vous, soulagé de voir que vous n'étiez pas en retard.

En réalité, le plus souvent, vous êtes arrivé avant lui. Mais vous avez votre propre itinéraire au tribunal. Vous êtes arrivé tôt, par précaution, et vous êtes passé par l’Ordre, encore tranquille, mais pas désert. Deux ou trois confrères sont là, qui vous saluent d’un signe de tête, enfilent leur robe d’un mouvement ample et précis, patientent à la machine à café, consultent leur dossier. Vous posez votre robe, qui pèse sur votre avant-bras, roulée en boule[1], et le dossier à côté, sur la table. Un sourire pour les uns, un mot pour les autres.

Vous profitez de ce moment de calme, qui ne durera pas, car tout à l’heure, dans la salle d’audience, la peur vous aura rejoint. La vôtre. Celle de vos clients. Celle des prévenus. Celle des victimes.

Dans la salle d'audience, à l’immobilité qui précède l’arrivée de l’huissier, suit un mouvement lent et confus, dont la signification n'est pas immédiatement apparente aux regards extérieurs. Les avocats s’agglutinent près de l’huissier, qui sort les dossiers, les uns après les autres. Quelques jeunes avocats, le rabat immaculé, un dossier serré dans les bras, hésitent un peu à s’avancer, à interrompre l’huissier qui salue les habitués du prétoire. Et puis, les justiciables s'avancent enfin, ou c'est l'huissier vient les trouver, dans la salle ou à l'extérieur, pointant sur le rôle[2] les présents, ceux qui se défendront seuls, ceux qui attendent leur avocat, ceux dont l'avocat est déjà là.

Une légère impression de désordre se dégage de la scène. Le bavardage des avocats, l'air affable de l'huissier qui s'affaire, l'expression stoïque et ennuyée du policier en faction, tout cela crée une impression de banalité, qui allège un instant l'atmosphère d'attente inquiète.

Cela ne dure pas, et le silence et la peur reprennent possession des lieux à l'entrée du tribunal, annoncé par l'huissier ("Le Tribunal !") qui, d'un geste, nous fait tous lever.

L'audience a commencé.

Parfois, vous allez vous asseoir à côté de votre client. Il est anxieux, fatigué. Il parle peu, ou au contraire, il parle trop. Il pose quelques questions dont il écoute à peine les réponses. Vous chuchotez parfois quelques mots d'encouragement, de réconfort. Pas toujours, cependant.

La peur qui l'accompagne sera peut-être votre alliée, tout à l'heure. Lorsqu'à une question précise que posera le Président, elle brisera la voix de votre client. Lorsqu'après avoir écouté la partie civile, elle lui fera bredouiller des paroles d'excuse - maladroites, mais sincères.

Mais ce n'est pas sûr.

La peur qui l'accompagne sera peut-être votre ennemie, tout à l'heure. Lorsque, épuisé par son incessante lutte contre elle, le prévenu la transforme en une colère sourde, mal contenue, mal interprétée. Ou lorsqu'au contraire, comme soudainement vaincu, le prévenu se ferme et n'oppose plus qu'une indifférence muette, discrètement hostile, aux questions de plus en plus agacées du Président.

Au moment où vous prendrez la parole, de toute façon, vous en aurez le coeur net. Vous agirez en conséquence. Vous devrez trouver les mots qui sont restés coincés dans la gorge du prévenu. Vous devrez défaire ceux qui sont sortis mal à-propos, tenter d'en corriger les effets. Expliquer ce que vous - oui : vous - vous avez compris de cet individu, depuis ce jour-là où il est venu vous voir la première fois, sa convocation à la main.

Après, reste l'ultime attente. Celle du délibéré. De la décision. Coupable ou non ? Et si oui, quelle peine ?

Attendre, attendre, attendre. Le tribunal peut s'être immédiatement retiré pour délibérer. Ou il aura pris une autre affaire, en prendra une seconde, une troisième, pour délibérer sur plusieurs en même temps.

Attendre, attendre, attendre. Parler avec le prévenu, votre client, qui n'a plus qu'une seule question à poser, celle à laquelle vous n'avez pas de réponse. "Alors ? Alors, Maître ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Comment ça s'est passé ?" Vous restez prudemment évasif. "Nous verrons. Il n'y a plus longtemps à attendre."

Cette attente-là est épuisante. Vous étouffez soigneusement vos inquiétudes, vos espoirs. Refaites mentalement la plaidoirie que vous avez faite, celle que vous auriez du faire, celle que vous auriez pu faire, et puis vous recommencez. Lorsque le tribunal revient et rappelle votre client à la barre, vous vous levez également, le dossier sur le bras, un stylo à la main, et la peur au ventre.

Le verdict tombe, la peur avec elle, qui se brise et s'échappe pour ne laisser derrière elle qu'une vérité judiciaire, LA vérité judiciaire. Coupable ou non. Prison ferme ou non. La fatigue et le soulagement, l'épuisement et la rage... La journée n'est pas terminée. D'autres vous attendent ce soir, ou vous appelleront dans l'après-midi, inquiets, anxieux, une convocation à la main. Vous partez les retrouver. Sans hâte.

Notes

[1] Une robe d'avocat se transporte roulée en boule, toujours, toujours, toujours. C'est comme ça. C'est pour ainsi dire la première leçon que m'a donnée Patron n°1. Cela emporte obligation d'en acheter un modèle infroissable naturellement.

[2] Le rôle de l'audience est tout simplement la liste des affaires qui seront appelées à l'audience du jour et dénommées d'après le nom du ou des prévenus. Cette liste est également affichée à l'extérieur de la salle.

Saturday, December 6, 2008

Rire privé, Rire public

Peut-on rire de tout ? Peut-on rire de tout avec tout le monde ?

J'ai appris à rire de tout. Mais pas avec tous.

D'ailleurs il vaut mieux : je suis noir, catholique, mon père est musulman, ma mère décédée d'une maladie qui n'existe aujourd'hui plus qu'en Afrique, chauve -pas ma mère, moi-, bedonnant, cancéreux potentiel,...

Je suis de ceux qui ne se sont pas indignés du sketch de Dieudonné sur le plateau de Marc Olivier Fogiel

Il m'a même fait rire ce soir là. Comme les spectateurs et les invités présents ce soir là.*

Je suis de ceux qui ont soufferts des sketch à l'emporte pièce de Michel Leeb sur les noirs: c'est vrai on a tous de grosses lèvres, un QI proche de celui de Patricia Kaas, et une expression qui rappelle Tintin au Congo.

Je suis de ceux qui ont ri à la pièce de Patrick Timsit sur les trisomiques, ce n'était pas fin mais bordel ça m'a bien fait rire.

Je suis de ceux qui ont eu une scolarité difficile : faut pas croire mais dans les écoles privées catholiques il y avaient deux dangers à éviter, le vieil ecclésiastique pédophile qui a toujours une collection de timbres sur lesquels faire apposer nos jeunes lèvres et aussi -moins dangereux- les élèves de bonnes familles qui déversent leur logorrhée raciste apprise au sein de ces mêmes bonnes familles.
Là où il est assez aisé de fuir devant un surveillant pédophile, une insulte raciste résonne bien des heures après que celle-ci eut été prononcée.


J'aime Dieudonné. J'aime moins Michel Leeb.

Dieudonné a été lynché dès le lendemain de son texte infamant.

Leeb s'est reconverti dans les jazz pas cher accessible à la communauté urbaine de Neuilly St James. 

Les Média dans leur immense majorité - à l'exception de Thierry Ardisson, Bolloch et Solo- ont effacé Dieudonné de leurs carnets d'adresses. 

Leeb et ses sketchs insultants font encore les beaux jours des beaufs qui regardent les Enfants de la télé devant leurs viandes trop cuite.

Divers ministres ont exprimé leur vive émotion devant le dérapage de Dieudonné. 

Leeb a eu la Légion d' Honneur.

On pourrait croire que je m'acharne sur Leeb, mais d'autres noms circulent et peuvent servir d'exemples: Pascal Sevran, Bigard, Michel Sardou, Jacques Chirac -le bruit et les odeurs, c'est lui-,...et plus récemment Pascal Bernheim qui traite Dieudonné de nègre à la télévision Suisse-Producteur à la Radio Socialiste Romande (en gros, il vit de la redevance, pour nous servir sa bien-pensance), marié à Laurence Bisang qui contrôle une bonne part du secteur humour (de centre-gauche) de Suisse romande, elle même soeur d’Anne Bisang, trotsko-féministe, directrice de la Comédie de Genève, et grande pourfendeuse de la droite nationale suisse-...

Ce que je ne comprends pas bien c'est pourquoi il est tellement difficile -en fait impossible- de rire de la communauté juive dans son ensemble, en ce compris ses dérives les plus liberticides, sans risquer de voir TF1 faire son ouverture de jt sur votre inqualifiable dérapage? Il est tellement facile de rire du curé, du noir, du chinois de l'arabe, du handicapé, du suicide (et du cancéreux- n'oubliez de donner pour le Téléthon) et du pauvre sans que cela ne suscite la moindre émotion. 

Que du contraire, haranguez un de vos amis de couleurs par un sobriquet moqueur pour de suite vous accaparez la sympathie de votre auditoire. 

Il s'est passé quoi de tellement terrible dans les camps de concentration pour que plus jamais on ne puisse rire des juifs ? Hitler leur a fait de quoi de tellement horrible qu'aujourd'hui on ne puisse pas leur dire d'arrêter leurs conneries dans les territoires occupés ? C'est quoi ce secret qui nous empêche de leur balancer une bonne grosse bombe sur la tronche lorsqu'il dépasse les bornes en Palestine...en même temps je les comprends : les juifs, pour des raisons de déménagement imminent (Moïse était pressé), laissent leurs terres aux arabes -certes pour 2000 ans- et les arabes ne veulent pas les leurs rendre -rire-.

Nous connaissons tous des blagues sur les juifs, les noirs, les arabes, les curés et même les homosexuels.

Pourtant lors d'une soirée avant la première blague juive -enfin je veux dire, se moquant de nos amis David et Jonathan- le comique du soir prendra toutes les précautions oratoires et vérifiera auprès de la maîtresse de maison si David et Jonathan font paris de la listes des invités. 

Il est à ce sujet une anecdote, en fait deux, dont je dois vous parler.

Un ami que je ne nommerai pas pour d'évidents problèmes de droits d'auteurs (Marc si tu m'entends) m'a convié a un barbeque dit francophone. Lors desdits agapes, je décidais de mes présenter aux différents invités en utilisant le nom de Dieudonné. Un monsieur à la calvitie prononcé, sans doute dans une tentative de faire rire son auditoire me lança sans aucune nuance, "j'espère que tu n'es pas comme ce fameux Dieudonné qui se moque des juifs ?". 
J'ai voulu savoir pourquoi et il me fut assez clair à ce moment là que le public ne goûtait pas beaucoup aux blagues anti-sioniste de l'humoriste...

La deuxième anecdote me vient d'une soirée d'anniversaire toute pourrie à laquelle j'assistais avec un autre ami J., qui restera anonymes par crainte de représailles de la maréchaussée locale.
Pendant cette soirée toute pourrie -enfin soyons honnête, seule la première partie fut désastreuse- mon ami J. et moi avions usé de milles précautions oratoires alors que nous sommes tous deux de teintes assez foncées pour dire que nous comprenions une partie du discours de Dieudonné mais pas son ensemble. On  a bien ri.
J. me m'expliqua par le menu à quel point il est impossible de prononcer la moindre blague sur les juifs -sauf dans quelques quartiers parisiens où le port de la kippa n'est pas de rigueur.

En lisant cette prose on pourrait dire de moi que je suis antisémite. Ouais qui sait je le suis peut-être ?
Je suis surtout contre la connerie ambiante qui nous empêche de rire de tout comme lorsqu'on a tous un verre dans le nez. Je suis surtout contre ces pisse-froid qui nous empêche de nous amuser d'un bon mot qu'il fut au désavantage d'une communauté ou d'une autre.

Je suis pro Dieudonné...oui sans aucun doute. Mais uniquement lorsque se garçon se sert de son cerveau...hélàs il l'a éteint il y a un bon moment.

Je n'aime pas Eli Sémoun, Danny Boon, non pas parce qu'ils sont juifs et qu'ils peuvent détruire Dieudonné à chacune de leurs nombreuses interventions télévisuelles...non mais simplement parce qu'ils ne sont pas drôles.

Rendez nous Desproges "il y a des juifs dans qui se sont glissés dans la salle"

Et Coluche "c'est l'histoire d'un mec ordinaire".


Soit on interdit tout. Soit on interdit rien.