Wednesday, June 3, 2009

Les Experts

Je fais partie de ceux qui ont grandi avec des séries télévises. Je ne dirai rien de ma secrète addiction pour l’Ile Fantastique, et aussi Melrose Place-encore que dans ce cas précis c’était par pure penchant pour le stupre et la fornication. Je sais c’est minable mais bon c’était la seule façon de me serrer tout contre une jeune et fort appétissante jeune bruxelloise à la poitrine fort avantageuse et pouvoir simuler les préceptes de la reproduction avec cette dernière.

J’ai grandi en regardant des séries dont la violence était toute suggérée à la manière de l’Agence tout risque – je n’ai jamais vu autant de voiture sortir de la route que dans cette série. Force est de constater que jamais aucun des protagonistes de ladite série n’a jamais été blessé. Un monde somme toute parfait avec les gentils et les bons et les bons gagnaient toujours à la fin avant de s’enfuir en entendant les sirènes de la police toute proche –déjà une incompréhension avec les forces de l’ordre.

Une autre série vraiment intéressante avant les soirées Melrose Place, ce fut les Drôles de Dames : ces jeunes filles aux corps sveltes et pas du tout avares de leurs charmes ont été à la compréhension de certain chapitre de mon cours de biologie. En effet, pour ceux qui comme moi, suivaient en cours de bio, ils se rappellent que le corps de la femme était souvent représenté en coupe transversale ou alors de l’intérieur avec force détail sur les trompes de Fallope. Pas de quoi alimenter des rêves humides pour adolescent pré pubères.  Alors que Kate Jackson, Farrah Fawcett et Cheryl Ladd en jeans moulant et marcel c’est tout de même plus parlant.

Comment ne pas mentionner l’homme qui valait cent milliards – il est à noter qu’aujourd’hui on en connait certains qui valent ladite somme et ne ressemble en rien à ce droïde qui saute par-dessus les voitures dans un bruitage digne de Tétris, finalement la crise a du bon-. Quel bonheur que de voir se gars en jeans moulant et tiag sauver le monde avec un corps entièrement refait – nul doute que cette série aura contribué à l’essor de la chirurgie plastique : il est bon de rappeler que le concept a été repris quelques années plus tard avec Chuck Norris dans le rôle du sauveur, outre la force herculéenne, le jeans et les tiags, il a simplement rajouté une énorme boucle de ceinture. Texas ranger lui aussi sautait par-dessus les voitures en flamme et coursait les bandits avec ces chemises de bucheron canadien.

De toutes les séries qui ont bercé mon enfance, je chéris Manimal.

Rappelons ici brièvement le synopsis : Jessie Chase, belle situation, jeune, beau garçon. Un homme qui a un avenir des plus brillants et un passé des plus obscurs. Des replis les plus profonds de l'Afrique aux sommets les plus élevés du Tibet, héritier du savoir de son père et des sombres mystères de l'univers. Jessie Chase, le maître des secrets qui ont séparé l'homme de l'animal et l'animal de l'homme : l'homme-animal !

Manimal, pour des raisons qui me sont encore inexplicables, n’a pas trouvé son public, car il faut en convenir une série qui se termine au bout de 11 épisodes, ne peut en aucun cas être qualifiée de succès : je rends toute fois grâce aux chefs machinistes et délégués aux effets spéciaux qui nous ont fait vibrer du fond de nos canapés le dimanche soir en regardant FR3.

Pour d’évidentes raisons de réduction des coûts qu’impliquent une superproduction de cette envergure, Jessie se transformait très souvent en aigle ou en panthère et on avait droit à la transformation, pour les autres créatures, un habile mais néanmoins suggestif close-up sur ses joues et hop apparaissait le dauphin. Un régal.

C’est en ayant toutes ces séries en tête que j’essaie aujourd’hui de regarder les récentes productions qui vont des experts aux experts, et experts enfin pour terminer.

Toutes les séries actuelles, certes avec un nom différent, sont toutes des succédanés des experts de Las Vegas.

En deux mots voici le synopsis : des experts.

Sérieusement ces héros, outre le fait qu’ils soient des policiers émérites, avec jeans moulants et tiag désert oblige, sont aussi d’éminents agrégés en biologie appliquée, maitre de conférence à l’université de Las Vegas en chimie moléculaire et enfin récipiendaire de prix honoris causa de l’université libre de Bruxelles en physique cantique. C’est pour dire si d’un coup d’œil ils savent reconnaitre la composition du dentifrice par rapport au liquide séminal dans une salle de bain souillé par un assassinat particulièrement crapuleux.

Je ne voudrais pas ici tuer la magie de la série mais qu’on m’explique ce que des gens aussi calés vont se faire chier dans le désert du Nevada dans une ville pleine de prostitués et de drogués, en étant payés aux lance-pierre et sans aucune perspective familiale ni même professionnelle. Quand on pense à la soif du lucre qui anime chacun d’entre nous, ça me semble un peu démentiel.

Passons cette anomalie sur leurs qualifications et intéressons nous in bref instant aux histoires : des experts sont appelés sur les de crime pour déterminer si la tâche rouge sur le tapis de la salle de bain est bien du sang ou simplement  une éclaboussure de la solution buccale qu’utilisait l’assassiné pour prévenir son haleine un peu chargé. Mouais…

Pourquoi la mairie irait s’embarrasser d’enquêtes coûteuses pour déterminer qui à tuer un clodo dont l’épisode nous apprend assez rapidement d’ailleurs qu’il n’avait pas de famille, pas d’argent et surtout ils faisaient du tort au bar tabac où il avait élu domicile avec son caddie qu’il avait piqué au Wal Mart lorsque son licenciement pour faute grave lui avait été signifié en octobre 1987  suite à une altercation avec son supérieur hiérarchique, homosexuel, avec qui il couchait dans les réserves de même Wal Mart  sous l’emprise d’alcool frelaté acheté déjà à l’époque au même bar tabac dont on parle plus haut ? Je vous le demande, pourquoi ?

Au moins dans Colombo, non seulement on connaissait le meurtrier assez rapidement –donc on pouvait se barrer ou s’endormir, mais aussi les crimes étaient perpétués dans des milieux assez aisés pour qui le maire de la ville n’avait aucun scrupule à dépenser les deniers publics afin de protéger la probité de Winthorp Allister, grand donateur au bal annuel de la police de Los Angeles.

Comble du malheur toutes ces séries sont dupliquées à l’infini, Miami, New York, Paris –oui je sais c’est incroyable- mais aussi le concept semble s’essouffler avec ces ersatz : autant Las Vegas se laisse regarder en glissant vers un sommeil salutaire, autant le reste c’est agressif, racoleur, et surtout nul.

D’ailleurs si quelqu’un connait le numéro du régisseur des experts Miami qu’il n’hésite pas à lui demander d’y aller mollo sur l’orange : ca fait mal aux yeux mais en plus une ville entière qui a le teint façon Armani ce n’est pas crédible. Aussi pour qui a déjà visité une ville américaine, la proportion de bombe au mètre carré n’est pas aussi élevée.

Le rôle de la télévision n’est-elle pas de donner un peu d’oxygène au cerveau après une journée de labeur –ou pas vu le nombre croissant de chômeurs- mais au moins de faire rêver ? Je n’aime pas trop qu’on m’apprenne comment commettre le crime parfait après avoir rêvé toute la journée de tuer mon patron.

 

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