Dans la série la culture est à vendre, ça tombe bien mes amis ont de l’argent…
De nombreux observateurs littéraires attentifs, aussitôt suivis par la horde moutonnière des broute-livres salonnards que hante sans trêve l’insupportable cauchemar de ne point être à la mode, ont tacitement décidé un jour que le célèbre auteur, Frédéric Beigbeder, l’inoubliable auteur de Un Roman Français, était l’écrivain le plus doué de sa génération. Avec à l’appui, force exclamations dithyrambiques sur son univers poético-bizarre.
Que Frédéric Beigbeder soit l’écrivain le plus doué de sa génération, j’en suis personnellement convaincu. Et je ne doute pas qu’un jour la lecture de son Roman Français remisé pour le moment dans mes waters, me confortera dans cette opinion.
Mais sincèrement, est-il possible que ce soit un exploit d’être le plus doué en écriture dans cette génération débordant d’inculture, génération témoin du délitement du système d’enseignement qui fait la part belle à internet mais peu au Lagardé-Michard, système d’enseignement qui continue de mettre frileusement à l’abri du moindre effort de découverte, pour ne pas perturber l’ego des étudiants et préserver leur frêle intelligence tendre de chrysalide, à ce propos la prochaine suppression de l’histoire-géo dans les classes de terminale n’est qu’une de ces nombreuses manifestations silencieuses.
Je ne parle pas seulement des tout-petits, auxquels on enseigne, dès la maternelle, que chaussure s’écrit avec les pieds, ni les lycéens, dont l’essentiel du bagage culturel enveloppe toute l’époque littéraire allant de Pif gadget n°1 à Pif gadget n°38 et qui mettent deux l à Molière et un h à Rimbaud, sordides crétins boutonneux, radieux d’insuffisance.
Non, je parle aussi et même surtout des étudiants en lettres, j’en connais dans mon propre quartier, il y en a plein les trottoirs où ça se vautre d’ennui en se goudronnant les poumons face à la télé blafarde d’où suinte inévitablement cette lugubre bouillie verbale de nov’ langue à la con écrite directement au balai à waters. Etudiants en lettre, les cheveux et le foie teint en vert par de précoce abus d’alcool et de fines herbes, rétifs à toute idée d’ordre et de morale, incapables d’élever le débat du fond de la poubelle dont sont issues les borborygmes qui leur servent de moyen de communication.
Voilà comment ils sont les étudiants en lettres de par chez moi : nantis, dorlotés, choyés, brossés, fringués, cirés, chouchoutés, argentés, motorisés, transportés en carrosse jusqu’au cœur des bibliothèques, pour ne pas user leur fragiles petons de jeunes ni troubler leur putain d’âme de jeunes qu’ont des problèmes de jeunes.
C’est le malaise des jeunes qui les opprime ces poussins, c’est ça, pas autre chose : c’est la faute au malaise des jeunes si, après trois années de fac et sept années de lycées ils croient toujours que Montherlant est un glacier alpin, Boris Vian un dissident soviétique et Sartre le chef-lieu de la rillette du Mans. C’est la faute au malaise de la jeunesse si tous ces mous du genou impotents précoces n’ont retenu de Jules Renard que les initiales : J.R.
Alors, bien sûr quand émergent des personnalités aussi éminentes qu’Arthur, Dany Boon, Elie Sémoun, Magloire et Vincent McDoom et bien sur Anne Roumanoff, il ne faut pas s’étonner que ces nouvelles vigies, véritables phares de la culture moderne n’ont à craindre aucune concurrence. Les places resteront les leurs tant que ces fainéants d’étudiants en lettre flanqués de leurs jeans très près du corps continueront à s’agglutiner devant la porte de mon bureau en groupes compacts dont les volutes de chanvre séchée qui s’en échappent rappellent le fumier fumant de nos campagnes.
Tandis que la culture continue de s’avilir au rythme de la calvitie d’Arthur, animateur le plus con de la télé –sic-, l’espoir subsiste : pendant ce temps-là il y a les enfants de pauvres qui sont obligé, pour ne pas faire de peine à Maman , de se planquer la nuit sous la couverture avec une pile Wonder et un vieux Larousse périmé pour s’embellir l’âme et l’esprit entre deux journées d’usine, avec l’espoir au ventre de mieux comprendre un jour pour tâcher de sortir du trou.
Ça existe j’en connais. Mais pas dans mon quartier.
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